L’Histoire du RRCB (Le Soir 17/06/1991 )

Revenu aux Trois Tilleuls en 1989 après sa fusion avec le CS Watermael, le Racing CB s’unit aujourd’hui au RRC Boitsfort.

Pourquoi, se sont dit les promoteurs de cette fusion, à l’heure d’une Europe unie, ne pas fonder un seul club de l’entité de Watermael-Boitsfort, associant les couleurs du bon vieux Racing (noir et blanc) au bleu étoilé de l’Europe et de Boitsfort, club évoluant en division II provinciale? Le docteur Jean Simon, échevin des Sports, s’associa aux trois présidents Guy Lefèbvre (ex-CS Watermael), Freddy Seurinckx (RRC Boitsfort) et Daniel Beelen (Racing CB) pour réaliser cette fusion. Une première tentative échoua à l’aube de la saison dernière mais la seconde fut la bonne.

Le club portera le nom de Royal Racing Club de Bruxelles, mais il conservera sans doute les structures de Boitsfort qui, sous le matricule 556, évoluait en deuxième provinciale. Avec l’apport du Racing, le nombre d’équipes alignées passera de douze à dix-sept et si un nouveau comité sera bien évidemment formé (sept administrateurs de Boitsfort et cinq du Racing), il n’est nullement exclu de voir Carlos Dos Santos, entraîneur de Boitsfort la saison dernière, poursuivre sa tâche avec l’aide de Maurice Weemaels.

Flash-back. Le Racing Club de Bruxelles reprit vie en août 1984 lorsqu’une poignée de nostalgiques se décidèrent à relancer les «Rats» sur un terrain de football. L’aventure débuta cependant en salle car il fut plus facile de trouver six joueurs que quinze et de louer une salle (au hall omnisports de… Wavre) que de dénicher un terrain.

Ceux qui s’étaient jurés de reconstruire le Racing CB ne se contentèrent toutefois pas de cette équipe de mini-foot et, en 1986-1987, le club allait refouler une surface gazonnée en prenant le matricule 9012 (1).

Mais, bien vite, les installations de Kappelleveld puis du Floréal se révélèrent trop exiguës, si bien que les responsables du club se tournèrent vers le CS Watermael qui jouait au stade des Trois Tilleuls. La fusion fut consommée en 1989 et le Racing Club de Bruxelles retrouva ainsi le théâtre des exploits des anciens «Rats».

Centenaire cette année – il est né en 1891 mais sa section football fut créée en 1894 -, le Racing CB nourrissait aussi l’espoir de retrouver le titre de «Royal». En s’unissant au RRC Boitsfort, c’est à présent chose faite.

Que pensez-vous du Racing qui vient de renaître?, demanda-t-on un jour à la présidente d’honneur, Mme Gérondal, Racingwoman depuis 1927. Il n’est jamais mort, mon gamin, il s’est reposé, tout simplement…

JOSÉ BAUWIN

(1) Bon nombre d’anciens se souviendront du célèbre matricule 6 (une coïncidence: six fois champion de Belgique en 1897, 1900, 1901, 1902, 1903 et 1908) porté par le club bruxellois en sa période de gloire mais qui fut cédé à La Rhodienne lorsque le Racing CB fut dissous en 1965.

En 1953, ils étaient 30.000 pour le «match des champions»…

Le «Soir» et le stade des Trois Tilleuls ont des souvenirs communs: l’organisation, le mercredi 15 avril 1953, du match Austria de Vienne – Hibernian, rencontre que les Écossais perdirent de justesse sur le score de 3-2.

Il s’agissait en fait de la deuxième édition de cette fameuse série des «matches des champions» dont notre journal avait pris l’initiative en 1952, au stade du Heysel, avec une rencontre Austria-Tottenham. On peut l’affirmer: la préfiguration de la très officielle finale de la première Coupe d’Europe des clubs champions, en 1956.

L’idée était évidemment séduisante d’offrir aux amateurs belges ce choc tout à fait inhabituel entre deux clubs parmi les plus prestigieux d’Europe, eux qui étaient exclusivement nourris de rencontres nationales (championnat, coupe…) et de rares confrontations entre équipes nationales à une époque où la télévision… n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui! But avoué de notre journal et de ses partenaires (dont l’Union belge de football): alimenter les comptes philanthropiques de la Ville de Bruxelles et du «Soir». Ce fut, en 1952, au Heysel, malgré la neige, un succès total, qui se répéta douze mois plus tard au «stade modèle» du Racing Club de Bruxelles: 30.000 spectateurs dans les tribunes et les gradins nouvellement construits à Watermael-Boitsfort pour la première grande manifestation mise sur pied dans ce nouvel amphithéâtre sportif dont la construction avait été annoncée dès 1947. En fait, parent pauvre du Vivier d’Oie, la section football du Racing avait dissocié son sort de celui des autres sections du club ucclois dès 1937, sans pour autant déserter les vieilles installations. Mais lorsque les «Rats» rejoignirent l’élite et que le public se fit plus nombreux, les installations de la chaussée de Waterloo devinrent trop exiguës, indignes d’un club bataillant en division d’honneur. D’où le projet d’un complexe sportif sur un terrain de 7 hectares aux Trois Tilleuls.

Le deuxième «match des champions» fut à coup sûr l’événement majeur de la vie de ce stade déserté plus tard lorsque l’équipe de football du Racing connut les heures les plus sombres de son histoire…

Il y a 100 ans, trois dissidents fondent un nouveau club!

A quel moment le Racing Club de Bruxelles a-t-il fêté son demi-siècle d’existence? A l’âge de… 55 ans! Né en 1891, il se refusa en effet à pavoiser sous l’occupation et préféra attendre 1946 pour épingler cet anniversaire. Inutile de chercher bien loin pour découvrir tous les détails de ces festivités et un plantureux historique: dans le «Soir» daté du 11 juin 1946, plus d’une page est consacrée à l’événement, y compris le bilan de la rencontre de prestige entre les Bruxellois et le Racing Club de Paris, aussi bien en tennis (1-5) qu’en hockey (1-2), athlétisme (164,5-170,5), basket (46-44) et football (6-0). Soit trois victoires à deux pour les Français.

La création du club jubilaire? Il est né… de la fusion contestée de deux phalanges, l’Athletic and Running Club et du Sport Pédestre de Bruxelles, le premier, disposant de magnifiques installations autour du vélodrome de la Cambre, à l’orée du bois, ayant englobé le second, plus chichement loti pas loin de là, à la Drève de Lorraine. Une fusion qui mécontenta trois membres du Sport Pédestre, Charles Flasselaerts et les frères Mulinghaus, qui fondèrent le Racing Club de Bruxelles et s’installèrent chaussée de Waterloo, dans les jardins du café champêtre «Le Labyrinthe».

Depuis, le Racing a certes connu des heures glorieuses mais a aussi vécu bien des drames. Il est régulièrement question du hockey et du tennis dans nos pages sportives… Par contre, la section football a vécu des fusions en cascade, d’abord avec le White-Star pour former le Racing-White, ce dernier étant ensuite «marié» au Daring pour devenir le RWDM (Racing White Daring de Molenbeek). Enfin, ses basketteurs ont été longtemps des animateurs du championnat national au même titre que le Royal IV, les Semailles, l’Union, autres «grands» bruxellois aujourd’hui disparus.